" Quand je suis allé passé l'audition, je ne savais pas que c'était pour le rôle du bossu. Au piano, Richard Cocciante a entamé le premier couplet de "Belle", puis j'ai continué. Il a arrêté de jouer et a regardé Luc Plamondon. Ils venaient tous les deux de se faire confirmer qu'ils détenaient leur Quasimodo. Ils m'ont ensuite demandé de chanter "Dieu que le monde est injuste". Je l'ai ressentie comme jamais je n'avais ressenti une chanson auparavant. Le lendemain matin, ils m'ont dit:" Quasimodo, c'est toi!"." L'épreuve de l'audition derrière lui, Garou prend peu à peu conscience de l'incroyable opportunité qui s'offre à lui. Cependant, à la lecture du roman de Victor Hugo, l'angoisse le gagne. S'égosiller face à des centaines de spectateurs ne l'inquiète pas le moins du monde, sachant que le plaisir qu'il éprouvera alors sera certes contagieux. L'idée d'avoir à jouer un personnage, par contre, le turlupine au point où il envisage de tout laisser tomber. Il ne savait pas que la graine d'acteur germait déjà en lui depuis longtemps. Son côté instinctif allait faire tout le travail. "Un jour, j'ai engueulé Gilles Maheu, le metteur en scène. Il me laissait me débrouiller seul la plupart du temps alors que j'avais besoin qu'on me guide davantage. Il m'a simplement dit, en souriant:"Continue comme tu le faisais, c'est exactement ça qu'il faut"." Dès mois durant à Paris, Montréal, Lyon, Bruxelles, ou encore Londres, dans la version anglaise de Notre-Dame de Paris, Garou pénétrera son personnage de façon magistrale. Et dire qu'à prime abord, il ne s'imaginait nullement acteur...Il a pourtant su merveilleusement témoigner de la détresse de Quasimodo non seulement par sa voix, mais également par la richesse de ses émotions, transcendées dans celle du bossu. "Chaque soir, j'entrais dans la peau de Quasimodo, du mal-aimé, du rejeté. Paradoxalement, j'en sortais pour vivre l'amour du public à mon égard. C'était très déstabilisant."